Sur la route de Patrick Malandain

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De passage dans la région à l’occasion de son défi la France pour continent, j’ai eu le plaisir d’aller à la rencontre de Patrick Malandain. Durant quelques heures, nous avons partagé un petit bout de route au coeur des Alpes de Haute-Provence. 

Il est aux environs de 14h quand je stationne mon véhicule au bord de la nationale 85, à quelques encablures de Digne les Bains. J’ai repéré un camping-car et 2 voitures sur le bas-côté. Comme moi, ils semblent attendre quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Le flot de voitures incessant est assourdissant sur cette portion de route.

Après quelques minutes, il apparaît enfin, d’abord au loin, puis plus près. La foulée rasante, heurtée, il avance vers nous, longeant la ligne discontinue qui matérialise le bord de la route et semble le protéger du chaos.

Il fait face aux voitures et ne parait pas plus troublé que ça par le trafic qui sévit sur cette voie autrefois empruntée par Napoléon. De retour de l’ile d’Elbe, l’Empereur pas encore tout à fait déchu avait en son temps emprunté le même parcours que notre héros du jour.

En ce samedi après midi, je viens à la rencontre d’un homme qui a fait le pari un peu fou de réaliser le tour de France en courant. Patrick Malandain s’est élancé de Castellane ce matin et a déjà parcouru une soixantaine de kilomètres à travers les Préalpes au moment où je le retrouve.

Parti du Havre le 18 février dernier, Il sillonne les routes de France depuis maintenant 45 jours, à raison de 100 km par jour, et ce quelles que soient les conditions climatiques.

Comme pour échapper quelques minutes aux bruits environnants, Patrick s’excuse et s’éclipse un instant à l’intérieur de son camping-car. Le ravitaillement effectué, c’est ensemble que nous reprenons la route vers Sisteron, ville étape où Patrick et son équipe dormiront ce soir.

Les kilomètres défilent pendant que nous faisons connaissance. Patrick est tel un métronome qui battrait inlassablement la même mesure. « Je crois que mon corps s’est habitué à ce rythme, maintenant il serait difficile de changer ». Chaque jour Il lui faut une quinzaine d’heures pour venir à bout de ces étapes d’une centaine de kilomètres. « Bien sur, ce n’est pas très rapide, mais tant que ça tient jusqu’au bout ! »

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L’ultra il est tombé une première fois dedans en 2005 en participant à une course de 24h par équipe avec son club. L’envie de voir plus loin et de se découvrir fera le reste. Il faut dire aussi que très vite Patrick rencontre Serge Girard, autre grand coureur d’ultra qu’on ne présente plus.

Fort de plusieurs expériences positives en solo, Le Havre-Agen en 2007, puis Agen-Barcelone en 2008, Patrick décide en 2009 de se lancer dans une première aventure transcontinentale. Avec sa femme, qui est de tous les projets, il s’attaque donc à l’Europe en effectuant la liaison le Havre Istanbul, soit 3230 km en 53 jours.

Viendront ensuite les Etats-Unis puis l’Australie, avant de revenir dans l’hexagone avec ce nouveau défi, la France pour continent ! Ancien technico-commercial, Patrick a tout lâché en 2012 pour assouvir sa passion des voyages et étancher sa soif de défis.

Addict à la course à pied ? Pas vraiment, Patrick Malandain se définit plutôt comme un chasseur de sentiments et d’émotions. De la préparation à la réalisation, il se nourrit littéralement de chaque nouveau projet.

Aventurier du bitume, Patrick est un coureur humble qui cherche avant tout à s’accomplir en vivant pleinement son existence à travers des projets qui vont bien au-delà de l’aspect sportif. Car dernière lui, Patrick Malandain embarque toute une équipe dans sa folle épopée. Sa femme, qui gère l’intendance, mais aussi Gilles, Annie et David, qui chaque jour durant 15 heures, sont là à ses côtés, pour le ravitailler tous les 4 kilomètres. Une équipe soudée et bien rodée sans qui rien de tout ça ne serait possible.

Depuis deux heures que je suis à ses côtés, Patrick n’a jamais cessé de courir. Sa détermination et sa volonté n’ont d’égal que son courage. Marqué physiquement par 45 jours d’effort, Patrick Malandain conserve pourtant une grande lucidité sur ce qu’il est en train d’accomplir. Oh bien sur il a connu des moments difficiles, mais c’est aussi cela qu’il est venu chercher, alors il s’accroche, en attendant que ça passe.

L’arrivée ? Il n’y pense pas vraiment, d’ailleurs, bien souvent, il ne sait même pas d’un jour sur l’autre jusqu’où il devra courir le lendemain. Levé à 3h30, Patrick Malandain s’élance chaque matin à 5 heures pour courir d’une ville à l’autre. « Au début je me souvenais parfaitement des villes traversées, mais maintenant … » Il ne regarde pas la carte, n’étudie pas les profils, il se laisse guider par son équipe, en évitant de se projeter trop loin. Il faut dire qu’il y aurait de quoi prendre peur.

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Le vent se lève en cette fin d’après-midi, il poussera Patrick aux confins de la Provence, jusqu’à Sisteron, dernier rempart avant les Alpes. Non sans une certaine émotion, Il est temps pour moi de m’éclipser et de le laisser poursuivre sa route. Egoïstement, j’ai eu envie de continuer, encore un peu, histoire de m’approprier un bout de ce défi trop grand pour moi.

Finalement, je rentre chez moi en trottinant, heureux d’avoir partagé un moment unique avec un grand monsieur. L’ultra est décidément une facette de la course à pied que je connais très peu et qui m’attire de plus en plus, pas tant pour la dimension sportive que pour la quête spirituelle.

Article posté le 5 avril 2016 à 15 h 07 min.

 

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