Didier Stein, rencontre avec un chasseur de records sur tapis

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Courir durant 24h sur un tapis de course, c’est le défi un peu fou que vient de réaliser Didier Stein. La performance est tout simplement énorme, plus de 147 km en 12 heures (record du monde) et finalement 236 km parcourus en 24h (record de France). Rencontre avec le speedy des tapis !

Vincent Lemoine: Bonjour Didier, félicitations pour ta performance. Réalises-tu ce qui t’arrive ?

Bonjour vincent. Merci beaucoup. Non je ne suis pas encore redescendu sur terre, j’ai du mal à réaliser ce qui m’arrive. J’ai vraiment vécu quelque chose d’énorme. Pour moi, le plus important est la décharge émotionnelle que j’ai reçu de mon équipe et du public plutôt que le record en lui même.

Peux-tu te présenter sur le plan professionnel et sportif ? Quelles sont tes références sur 10 km ou marathon par exemple ?

J’ai 44 ans et je travaille comme agent commercial. J’ai commencé la course à pied il y a 3 ans par un 13 km. En fait, avant cette 1 ère course je passais plus de temps à faire la fête avec les copains que dans les salles de sport. Je fumais 1 paquet de cigarettes par jour et je n’oubliais pas non plus de boire un petit coup, j’étais vraiment un gros fêtard. Puis, du jour au lendemain plus rien, cette première course fut une révélation.

J’ai vite enchainé avec un 20 km 15 jours après, un 52 km 4 mois après et 5 mois plus tard, je boucle mon premier marathon en 2h59 min. En 2013, j’ai fait la CCC où je termine à la 37ème place et je réalise mon meilleur chrono sur marathon (2h44). En 2014 je cours le marathon des sables ( 21ème) et je poursuis avec l’UTMB (60ème).

Tu n’as pas été sage à l’école ou c’est un choix délibéré de courir sur tapis ? D’où vient ta motivation ?

En fait, je me suis entraîné cet hiver sur tapis roulant et je me suis dit qu’il y avait une perf à faire. Le tapis permet de garder des constantes de course comme la vitesse ou le dénivelé. Je me suis donc mis en relation avec Véronique Billat qui est professeur de physiologie du sport.

Après quelques tests, Véronique m’a dit que je pouvais envisager de battre certains records. C’est donc Véronique qui va réaliser mon protocole de course ( variation des allures notamment pour éviter la monotonie). Ma motivation première est de connaître mes limites physiques et psychologiques.

Peux tu nous donner les grandes lignes de ta préparation ? (Fréquence, type d’effort…) As-tu couru essentiellement sur tapis ?

Jusque fin février, j’ai gardé mes habitudes de course comme pour une préparation d’ultra. Puis, début mars j’ai commencé un travail spécifique sur tapis car il faut trouver le geste parfait et les bons repères afin de ne pas courir hors de la bande roulante. Contrairement à ce que je pensais, je n’ai pas réalisé de gros volumes de course avec au maximum des séances de 4h. La plupart du temps, je courais entre 1h et 2h. Je me suis également habitué à m’alimenter sur le tapis.

As-tu fait un travail sur le plan psychologique ? Dans quelle proportion ton mental est intervenu dans cette chasse aux records ?

Afin de me plonger dans les conditions de course, je réalisais mes séances sur tapis dans une cave sans beaucoup de lumière. J’ai bien essayé de regarder la télé mais très vite je l’éteignais afin de me concentrer sur ma course. J’estime que le mental a compté pour 50 % dans la réalisation de ce record. C’est mon équipe et le public venu en masse qui m’ont permis de me surpasser et d’avoir le mental nécessaire.

24 heures c’est long, as-tu eu des moments de doute ? Quelle est la période de la course la plus difficile à gérer ?

Oui j’ai eu des doutes même si avant la course j’avais cette maxime en tête: « Surtout ne pas douter, Surtout ne pas subir ». J’ai eu un gros coup de mou à la 13ème heure où j’ai dû m’arrêter pour m’alimenter. J’ai donc mangé une assiette de pâtes que j’ai malheureusement très vite vomie. Aprés un arrêt de 3/4 d’heure je me suis remis difficilement en route en marchant au début puis en courant par la suite. Mais je n’ai pas pu retrouver ma vitesse de début de course.

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Quelle est selon toi la principale qualité qui t’as permis de réaliser cette performance ?

Ma force c’est l’équipe qui m’a accompagné. Ce n’est pas un record personnel mais le record d’un groupe.

Sur le plan alimentaire, comment as-tu géré ta course ?

Avant la course j’ai utilisé des compléments alimentaires à base de champignons ( Performax Forte ). Contrairement à d’habitude où je m’alimente de produits trouvés dans le commerce je me suis essentiellement nourri d’aliments simples et naturels: de l’eau sucrée et salée avec du citron, des bananes, des bretzels, une glace au chocolat, de la tisane …

As-tu dormi pendant ta course ?

Non je n’ai pas réellement dormi même si j’étais dans un état second lors de mon coup de moins bien.

Combien de personnes étaient autour de toi ? Avais-tu un kiné avec toi ? Et si oui , as-tu eu besoin de ses services ?

J’avais sept personnes autour de moi, plus précisement six membres de mon équipe, la 7ème personne était le public venu m’encourager. Je tiens vraiment à nommer les membres de mon équipe tant ils ont joué un rôle essentiel et indispensable dans la réalisation de ce projet :

  • Véronique Billat, physiologiste, qui est à l’origine du protocole de course.
  • Ludovic Delaunay, Kinésithérapeute, m’a permis, grâce aux nombreux tapes avant et après course, de tenir 24 heures.
  • Carmen Kayser, mon médecin généraliste qui me connait sous tous les angles.
  • Manuel Stiegler, entraîneur de mon club d’athlétisme ( l’athlétique club du centre Alsace ) a su me prodiguer de précieux conseils.
  • Laurent Stroh, technicien, a géré toute la partie technique afin que le record soit homologué.
  • Pascale Bateira, ma compagne pour son soutien sans faille.

Tous les membres de cette équipe sont, comme moi, des pasionnés de course à pied. Merci à vous tous pour votre engagement. C’est grâce à l’implication de chacun dans son domaine que cette magnifique aventure a pu voir le jour.

Existe-t-il un règlement à respecter pour réaliser une telle performance  ? ( Matériel, temps de pause … )

Oui il existe un organisme officiel qui valide le record. Il fallait par exemple un 2ème tapis de course. Pour plus de sécurité je me suis également fixé certaines contraintes. Un huissier était présent avant, pendant et après la course. Ce dernier a vérifié la distance de la bande roulante. Je me suis également soumis à un contrôle antidopage afin d’éviter toute polémique.

Qu’as-tu regardé durant tout ce temps ? un mur ? A quoi pensais-tu pour t’échapper ?

Oui il y avait un mur devant moi mais je ne l’ai pas beaucoup vu tant le monde était présent pendant ces 24 heures. Un merci tout particulier à Ludo mon kiné mais aussi chauffeur de salle hors pair.

Nous sommes 4 jours après ta performance. Tu marches encore comme un canard ? Si ce week-end je te propose une sortie nature de 2 heures tu m’accompagnes ?

Non je remarche normalement même si j’ai encore quelques courbatures. J’ai également souffert rapidement d’ampoules (4 h de course) mais celles-ci sont très vite passées au second plan. Désolé vincent mais je ne pense pas que ce soit très judicieux de repartir si vite même si le grand air me manque déjà !

Quelle est ta citation préférée ?

Avant course ma citation était  » La douleur est inévitable, seule la souffrance est une option ». Avec quelques jours de recul j’ajouterai un petit bémol. Pendant cette épreuve j’ai souffert de déshydratation avec une petite souffrance rénale. Il est donc indispensable d’être à l’écoute de son corps. Battre des records oui, mais pas à n’importe quel prix. La santé est notre plus grande richesse, préservons la afin de courir le plus longtemps possible.

Article posté le 22 mai 2015 à 16 h 39 min.

 

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