Belle-Ile-en-Mer, mon premier Ultra-Trail

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Ultra trail Belle Ile

Plus les jours passent plus j’ai l’impression de ne pas avoir choisi le plus simple pour commencer. J’ai essayé de mettre toutes les chances de mon côté en participant à plusieurs courses pour entraîner mon organisme à un effort long. J’ai également pris rendez-vous avec un podologue, semelles aux pieds, ça change pas mal de choses !

Nous arrivons la veille de la course. Sur le bateau le vendredi matin, on s’amuse à deviner qui sont les coureurs. Exercice assez simple : il suffit de regarder les chaussures qu’ils ont aux pieds et leur montre.

Je vois Sébastien Chaigneau et j’avoue que la pression monte d’un cran. C’est toujours impressionnant de voir un ultra traileur de cette envergure et en même temps je me suis dit : mince, c’est une folie cette course !

Belle-Ile en trail : La course

Le réveil à 5h fait un peu mal mais on a passé une très bonne nuit. Baptiste (mon binôme) mange des Crozets au petit-déjeuner. J’avoue que je suis en admiration devant cette capacité à manger ça au saut du lit. En ce qui me concerne, je ne jure que par le sport déj’ !

Une fois sur la ligne du départ avec nos frontales, on respire l’ambiance, on fait un selfie. Les 17 premiers km me semblent difficiles et je me surprends à penser :  wahou comment je vais tenir 83 km comme ça ?

Assez rapidement nous sommes trempés, pas par la pluie mais par le taux d’humidité, c’est respirable mais particulier comme sensation. J’attends la partie plage avec impatience. Je l’ai tellement vu sur les vidéos …

Ca déroule bien, on arrive au ravito du 17ème. Nico mon « assistant petit-ami » est là tout sourire à aider les bénévoles, il a d’ailleurs récupéré un t-shirt bénévole ! il est dans son élément.

Belle ile

On boit un peu et Baptiste se passe de la crème sur le genou, il avait du abandonner le raid du Morbihan à cause de ce genou en juin dernier…

On repart, le temps devient moins lourd et les sensations sont meilleures. Je surveille Baptiste qui semble moins bien, on se suit. Je passe devant et le guette. Avec les virages on ne peut pas se perdre de vue.

A un moment je ne le vois plus, j’entends mon portable qui vibre : il abandonne au 25ème : le genou … Cela me fout un coup au moral mais je positive, j’ai la chance d’être là et d’être bien. Je discute avec plusieurs personnes jusqu’au 38ème km où j’arrive en forme, Baptiste m’attend avec Nico, il a les traits tirés, il est déçu mais il est là pour m’encourager.

Toujours le même rituel, un verre de coca, je récupère dans le sac de Nico de quoi varier mon alimentation jusqu’au prochain ravito, je m’étire un peu et je repars. Et là je suis trop bien, la musique dans les oreilles, la vue extraordinaire. Je vibre littéralement et suis euphorique de participer à un tel événement. Certains habitants de l’ile ont dressé un petit ravito avec l’eau et on papote, tellement gentils !

A partir du 50ème ça se corse, le circuit devient un peu plus « monotone » si on peut dire ça en étant sur Belle ile, et je commence à marcher un peu. J’essaie tout de même de garder le rythme.

J’alterne course et marche mais me sens subitement seule, personne sur qui me caler, les kilomètres pour atteindre le ravito de la Grotte de l’Apothicairerie me semblent tellement longs d’un coup. Pour la première fois depuis le début de la course, l’idée de l’abandon me vient à l’esprit.

J’arrive au 58ème en étant dans le dur : Baptiste et Nico le voient. Je leur annonce que j’arrête, que j’en ai ras la casquette ! Et là, assis par terre en face de moi, Jacques et Alain (j’apprendrai leurs prénoms plus tard) me demandent mon prénom et si je suis blessée ?

Non, je ne suis pas blessée, j’en ai juste marre, j’ai mal aux jambes ! « Mais nous aussi on a mal aux jambes, c’est normal, repose toi, mange et repars avec nous si tu veux, on t’accompagne jusqu’à la fin ; on t’a vu courir, tu as les capacités pour finir ! »

Belle ile en mer

La dernière course que j’ai faite faisait 57km, je suis en train de battre mon record. J’ai l’impression d’être capricieuse et en les entendant j’ai honte.

En effet, je ne suis pas blessée et j’ai eu la chance d’être tirée au sort. Beaucoup aimeraient être à ma place ! Je m’assois, mange, m’étire….Nico me tend un t-shirt de rechange et des chaussettes propres … Ni lui ni Baptiste ne disent rien ; ils me laissent face à mon dilemme. Ils savent que ça ne sert à rien d’essayer de me convaincre.

J’attrape mon sac à dos et commence à mettre dans les poches ce qui me ferait plaisir jusqu’au prochain ravito dans 12 km. Je change de chaussettes et t-shirt. Je vois Baptiste et Nico échanger un regard. Jacques et Alain se lèvent, ils me regardent et me disent : « Alors Aline, tu nous suis ? »

Je me lève, embrasse mon chéri et repars avec eux ; ce que je pensais impossible 10 minutes avant est en train de devenir réalité : je cours à nouveau et même mieux que tout à l’heure avec une énergie nouvelle ! c’est fou les capacités du corps humain ! Je garde Jacques et Alain dans mon champ de vision.

Au détour d’un chemin je les retrouve posés sur un banc en train de déguster une crème de marron, ils m’attendent, j’attaque une compote et me joins à eux ; ils sont plein d’humour et partagent leurs récits de courses ; Jacques est un ultra traileur, Alain préfère les triathlons. On s’amuse et finalement nous arrivons au ravito du 70ème sans même que je m’en rende compte !

J’y retrouve mes assistants qui me regardent en se demandant si je continue ou pas. Bien sûr que je continue, il ne reste plus que 13 km, je ne peux pas abandonner maintenant ! C’est une certitude.

On repart en sachant que les 13 derniers km sont les plus difficiles, et c’est peu de le dire ! Ca monte, ça descend, en théorie rien ne change mais les pentes sont plus raides et les jambes font mal dans les descentes.

Après chaque montée, Jacques se retourne et nous dit : allez on court ? Mais ce n’est pas une question, bien sûr qu’on court ! On plaisante, on sourit, on débat sur la barrière horaire !

On arrive au Palais, on accélère et là on se retrouve devant la dernière montée ! on l’avait oubliée celle-là ! J’avoue qu’elle nous met un coup au moral, c’est inhumain de faire un coup pareil à 2 km de la fin !

Allez on grimpe, ça fait 12h48, on y est presque. Nico et Baptiste nous attendent et nous encouragent, ils courent avec nous, on descend, on a mal mais on ne sent plus rien, ça déroule, on vole, les gens applaudissent …

Belle Ile en trail

Je franchis la ligne avec le plus grand sourire de mon existence. Je n’en reviens pas ! On se prend la main tous les 3, on sourit pour la photo ce qui n’est pas difficile on est trop contents ! On a atteint notre objectif en 12h58.

Grâce à Alain et Jacques, à leur humour et leur soutien ce rêve est devenu réalité. Je viens de boucler mon premier ultra-trail à Belle-Ile-en-Mer. Merci aussi à Nico qui a été un assistant au TOP et à mon binôme Baptiste qui m’a soutenu tout au long de la course. L’ultra trail c’est avant tout de belles rencontres et des souvenirs de fous !

Aline

Article posté le 6 février 2015 à 15 h 38 min.

 

2 commentaires

  1. Salut ! Chanceuse que tu es ! Je crois que faire un ultra sur cette île est devenu un objectif pour moi, j’y allais plus tôt dans ma jeunesse avec mes camarades en vacances, ça serai top de pouvoir la redécouvrir en trail !

    Encore une fois par ton témoignage on voit que c’est essentiel de communiquer avec les autres pour le moral ! Bien joué !

  2. Tombé par hasard sur ton récit j’ai vraiment apprécié … J’ai toujours aimé « me » raconter mes courses pour me souvenir, me souvenir des souffrances mais aussi des moments de bonheur
    J’ai retrouvé dans ton texte les émotions que l’on a envie de partager:)
    Mon dernier texte est lié à mon premier ultra des templiers en 2014… Le premier à 55 ans et je me jurais le dernier!!! Et en me relisant je me suis inscrit à mon prochain que j’attends avec impatience
    Alors toi aussi relis toi souvent

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