L’assistance médicale dans le running et le trail

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Globe Runners vous emmène à la découverte d’un aspect méconnu du secteur de la course à pied : l’assistance médicale sur les compétitions. Patrick Basset est médecin et co-fondateur de Dokever, la principale société d’assistance médicale pour les courses sur route et trails*.

Il est également référent médical à l’International Trail Running Association (ITRA). Il revient pour nous sur la conception et la mise en œuvre d’un dispositif médical capable de prendre en charge les petits bobos des coureurs mais aussi les cas les plus graves.

Christopher Hautbois : Pouvez-vous tout d’abord vous présenter en quelques mots ?

Patrick Basset : Je suis médecin anesthésiste, spécialisé dans  l’assistance médicale  évènementielle outdoor depuis plus de 15 ans. Depuis 1968, notre famille exerce dans l’assistance médicale pré-hospitalière. Mon domaine de prédilection est l’outdoor et extra-stade.

Aujourd’hui, je connais bien les pathologies liées au goudron, aux marathons et aux pratiques de ce type et je m’intéresse aux pathologies plus récentes liées au trail running. Par exemple avec un groupe international de 10 médecins nous avons rédigé un consensus guideline des pathologies du trail basé sur une expertise de gens qui ne font que de l’encadrement et de la recherche. Ce groupe souhaite aussi diffuser les connaissances sur les problématiques de santé liées au trail running.

J’ai également intégré l’OMS au titre du chapitre qui concerne les pathologies associées aux grands rassemblements de foule, sportifs, non-sportifs, religieux, etc. et suis également le médecin responsable du secteur médical de l’International Trail Running Association qui est l’organe en lien avec l’IAAF. Je suis reconnu comme expert à l’IAAF et la FFA pour apporter des solutions de sécurité et de santé dans le milieu du running. C’est ce qui m’a amené à fonder la société DOKEVER, une société avec laquelle je ne gagne pas d’argent.

L’assistance médicale évènementielle c’est une passion. Il y a un autre aspect qui m’a fait avancer, c’est le fait qu’il y ait des gens qui ne connaissent rien à ce genre de pathologies bien spécifiques et qui donnent des règles aux autres. Je veux parler du SAMU. Ils ont écrit des recommandations sans connaître les spécificités de ce milieu. Ce qu’ils ont essayé de nous imposer dans le cadre du Marathon de Paris est par exemple en inadéquation totale avec les pathologies réelles et problématiques de rassemblement de foule sportive.

La société DOKEVER intervient sur quels évènements ?

DOKEVER fait tous les rassemblements de foule, excepté les Vieilles Charrues et quelques-uns qui nous échappent. Nous intervenons sur des évènements sportifs, ou non-sportifs, dans l’hexagone ou ailleurs. Nous sommes spécialisés sur le running et sommes le conseiller technique de tous les évènements grands publics d’Amaury Sport Organisation. En fait dans le sport, nous faisons running, cycling, les évènements sportifs à étapes, les raids.

Dans tous les cas, notre souhait est de bien faire notre travail, c’est-à-dire de bien soigner les gens. La caractéristique du trail running est que c’est une course à pied en milieu difficile avec des enjeux de santé bien particuliers, avec des accès au terrain plus complexes. Il faut donc avoir une compréhension et une analyse de tout ce qui va se passer dans les prochaines années à ce niveau-là. D’où le congrès que j’organiserai fin août 2016 sur ce sujet.

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Pouvez-vous expliquer en quoi consiste le fait d’organiser un dispositif d’assistance médicale sur un marathon ou une course de trail ?

D’abord, il faut connaitre les pathologies, la réglementation de la fédération dont dépend le sport, les réglementations du pays dans lequel on évolue et les spécificités terrain. A partir de là, il faut mettre le bon nombre d’acteurs qui font le secours, la santé en termes médical et paramédical : infirmières et ensuite tout ce qui est soins de confort, c’est-à-dire tout ce qui est kinés et podologues.

Comment arrivez-vous à déterminer le nombre d’acteurs nécessaires sur une course ?

Justement c’est toute la complexité. Pour l’instant nous sommes basés sur l’expérience. Mais avec l’OMS, nous aimerions mettre en place une méthode scientifique qui permette d’algorithmer tout ça. Il faut faire des grilles de risque, c’est ce qu’on appelle le patient presentation rate (taux de présentation des patients en poste de secours) et le transfert to hospital rate (taux de transfert des patients à l’hôpital) afin d’évaluer l’impact qu’à le sport et le profil de l’évènement sur les participants. A terme nous pourrions ainsi en déduire le nombre de docteurs nécessaires. A l’heure actuelle, la préconisation du ministre est de dire qu’il faut des secours à 30 minutes. Dans les faits c’est extrêmement complexe et je pense qu’on peut affiner.

Quelles sont les pathologies que vous rencontrez sur le terrain durant les compétitions ?

Il y a deux types de pathologies. Il y a d’abord les courses de type marathon, courses de 4h ou 5h maximum et les courses d’ultra-marathon, c’est-à-dire les courses de plus de 6, 8 ou 10h. Dans les deux cas les pathologies ne sont pas les mêmes.

Dans le cas des marathons, il y a des arrêts cardiaques avec des gens qui sont plus ou moins entrainés et qui vont faire monter la machine en puissance. Ils vont courir dans le rouge. Alors que dans le cas des ultra-marathons, il n’y a pas d’arrêts cardiaques. Il y a en revanche des chutes, des entorses graves, des hyponatrémies (concentration en sodium dans le plasma sanguin), des défauts d’apports hydriques, des défauts d’apports en sel, des troubles métaboliques.

Les muscles se détruisent dans les longues distances alors que les muscles se détruisent très peu dans un marathon. Les différents apports sont complexes dans une longue distance, ils ne le sont pas dans un marathon. On n’aura donc pas du tout les mêmes dispositifs dans un cas ou dans l’autre.

Nous réfléchissons donc à la longueur de l’effort, aux apports hydriques et aux pathologies que cela peut engendrer. Nous essayons d’avancer dans la recherche à ce niveau-là. Nous  avons constaté qu’il y avait 2 types de coureurs : ceux dont la montre bipe toutes les 10 et 40 minutes et qui boivent 3 gorgées et ceux qui boivent à la soif. Or, aujourd’hui sur les grandes distances, on ne sait pas scientifiquement s’il faut boire de manière programmée ou à la soif.

Tout le maillage médical se réfléchit en fonction de cela mais aussi en fonction de l’accessibilité pour porter secours. Par exemple, des gens qui partent sur un 60 km vont peut-être avoir un apport hydrique trop important et cela nécessitera pour nous à la fin du parcours de prévoir un dispositif médical adapté à ce problème. C’est rare mais ça tue. L’objectif de DOKEVER est d’être capable d’intervenir rapidement, sur tout le circuit, pour toutes les urgences vitales.

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Est-ce que vous pouvez illustrer tout cela sur les cas de l’UTMB et le Marathon de Paris par exemple ?

L’UTMB c’est 500 secouristes, 1 900 bénévoles, 80 infirmiers, 35 médecins et 3 hélicoptères, un par pays. Le Marathon de Paris c’est 6 médecins, 500 secouristes et des motos.

Il y a un vrai boom de la course à pied, sur route ou en montagne. Il y a donc de nouveaux pratiquants. Est-ce que ça donne lieu à de nouvelles pathologies ou du moins est ce que ça génère des risques nouveaux qu’il vous faut prendre en compte ?

Oui bien sûr, les nouveaux arrivants amènent de nouvelles pathologies. C’est comme tout. Les nouveaux n’ont pas la maitrise de ce genre d’effort, de ce genre d’environnement. Les gens n’ont pas encore tous conscience que d’aller courir en montagne nécessite une connaissance du milieu et d’avoir un minimum de matériel pour sa sécurité comme un sifflet, une couverture de survie, un téléphone, de l’eau, … Dans les discussions que nous avons avec l’IAAF nous ne cherchons pas à promouvoir un sport où les gens peuvent partir courir où ils veulent, quand ils veulent et comme ils veulent.

Parallèlement aux pathologies inhérentes aux nouveaux pratiquants, y a-t-il des pathologies strictement liées au volume de coureurs sur une compétition ?

Comme dans tout évènement sportif il y a des risques inhérents au volume oui. Il y a d’abord les difficultés pour aller les soigner parce qu’il y a beaucoup de personnes. C’est aussi le problème des maladies contagieuses mais c’est excessivement rare. L’OMS est formelle, ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup de gens qui se regroupent pour courir qu’il y a plus de maladies graves.

Il y a eu un cas récemment, une gastro-entérite sur une course à obstacle, c’était à Nice, cela fait un mois que nous réfléchissons sur ce cas. Ça a généré 800 cas de gastro mais ça aurait pu se passer dans un supermarché quelconque. C’est un concours de circonstances.

A côté de cela il y a des choses qu’on ne sait pas encore, en particulier sur les possibles pathologies liées à la pratique du trail. On ne sait pas par exemple si demain ils auront les fémurs plus usés que les non-traileurs, s’ils auront plus de prothèses, etc.

Est-ce que vous avez des conseils à donner sur le plan médical à des coureurs qui vont s’engager sur des marathons ou des trails plus ou moins longs ?

Il faut avoir une rigueur d’entrainement. Il faut être attentif aux questions de nutrition, d’hydratation et ne pas croire les formules toutes faites dans ce domaine. Il n’y a pas de choses écrites scientifiquement. Il faut se faire sa propre expérience sur les barres ou les gels qui conviennent à un coureur mais peuvent ne pas convenir à l’autre, et ne pas partir sur des courses sans avoir expérimenté au préalable ces produits.

Je pense qu’il faut être humble vis-à-vis de l’environnement naturel, ne pas chercher à pousser le corps plus que cela. Il faut s’entrainer mais être à l’écoute de son corps.

Il faut que l’organisateur mette en place un dispositif santé secours adapté. Il y a encore beaucoup d’organisateurs qui s’en soucient peu. Il faut bien vérifier ses propres assurances, notamment l’assurance individuelle accident avec frais de recherche et de secours. Vérifier qui vous assure et sur quoi il vous assure. C’est capital. Un hélicoptère c’est 50 euros la minute et quand on fait de la recherche de personne disparue, on compte vite en milliers d’euros.

Il ne faut plus croire que la société paie tout, c’est fini. Sur toutes ces questions médicales, on commence tout juste à avoir du recul donc restons très humbles surtout en trail qui est un sport tout jeune. Sur le marathon on sait beaucoup plus de choses : un défibrillateur tous les 1000 mètres, des médecins sur les motos, etc. Un marathon sur route c’est beaucoup plus simple à gérer, on a plus de recul, tout est algorithmé. Le trail est en amélioration permanente, en interrogation permanente.

Propos recueillis par Christopher Hautbois

*Dans le secteur de la course à pied, Dokever assure notamment l’assistance médicale sur le Marathon de Paris, The Mud Day, le Lyon Urban Trail, l’UTMB, le Marathon du Mont-Blanc, le Marathon de Metz,  le Trail de l’Ardéchois, La Saintélyon, etc.

Article posté le 28 juillet 2015 à 17 h 03 min.

 

Un commentaire

  1. Bonjour je suis infirmière et déjà participée à la diagonale des fous au pic de maido en tant qu infirmière. J’aimerai apporter mon aide et soins lors des courses.je travaille en médecine polyvalente et gère la réfection des pansement et toutes pathologies .j’ai 48 ans.comment dois je procéder pour fairé partie de votre équipe bénévole. Merci cordialement nathalie

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