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Un récit au coeur du marathon d’Annecy

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42 kilomètres de bitume au bord du lac d’Annecy, un cadre idyllique bercé par la douceur d’un soleil printanier, une aventure intense vécue de l’intérieur. Retour sur un marathon d’Annecy 2017 tout simplement exceptionnel. 

Préparer un marathon est loin d’être un acte anodin, même quand ce n’est pas le premier. Cela demande toujours une grande motivation, de la disponibilité et un engagement de tous les instants, surtout quand on se prend à espérer réaliser une performance, évidemment toute relative au regard de ses propres capacités.

Une fois la décision de se lancer prise, il reste un choix de taille à effectuer. Définir quel sera le terrain de jeu de ce prochain marathon ? Généralement les envies ne manquent pas, et pourtant il faudra bien se résoudre à faire le tri, pour finalement n’en retenir qu’un.

Déterminer l’objectif apparaît comme crucial, le temps presse. Finalement sans trop hésiter, ce sera Annecy cette année, un événement qui avait déjà reçu mes faveurs l’année passée, même si cela ne s’était pas concrétisé.

Après avoir découvert les magnifiques sentiers haut-savoyards à l’occasion de la Maxirace, c’est assez naturellement qu’Annecy m’est apparue comme le cadre idéal pour ce premier objectif de l’année.

Une bande de bitume au bord du lac dans un écrin de verdure. Avec ces quelques mots, le décor est planté. Le soleil et la neige qui saupoudre encore les sommets environnants ne feront que sublimer encore davantage la mise en scène d’un marathon qui se prépare maintenant depuis plusieurs mois.

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Une courte saison de cross, un 10km, puis un semi, avant d’en découdre enfin avec le mythique marathon, celui pour qui bat toujours mon cœur de coureur. Loin d’être un collectionneur, je n’en ai jamais couru plus d’un par an, avec des fortunes diverses. Je m’y suis souvent cassé les dents, par manque d’entrainement mais aussi par excès de confiance.

Le marathon ne pardonne rien, surtout pas le manque d’humilité, je l’ai souvent appris à mes dépens, même si avec l’expérience et le temps qui passe, j’ai su tempérer mes ardeurs.

La pression monte au fur et à mesure que l’heure du départ approche. La veille il faut d’abord aller retirer son dossard, puis vient le temps des préparatifs. Un petit cérémonial qui a lui seul revêt une importance particulière à l’aube des grands jours.

Car finalement le marathon commence bien avant la ligne de départ, et c’est aussi ce qui fait le charme de l’épreuve. La course n’est que l’aboutissement d’un long processus entamé au cœur de l’hiver, le dernier acte d’une pièce au dénouement incertain.

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Une fois la course lancée, le stress et les interrogations s’évaporent avec les premières gouttes de sueur. Il ne me faut que quelques minutes pour trouver ma place dans ce peloton lancé à vive allure à l’assaut de ces 42,195 km tracés au bord du lac d’Annecy.

Je précède le groupe des 3 heures et son meneur affublé d’un drapeau rouge de quelques dizaines de mètres seulement. J’ai la sensation d’un rouleau compresseur qui pourrait me passer sur le corps à la moindre défaillance. Le pas cadencé de leur foulée millimétrée ne cesse de raisonner en moi, ne faisant que renforcer l’impression que ma survie ne tient qu’à leur bon vouloir.

Après 15 km de « chasse patate » je me décide à rejoindre les rangs, moins par raison que par peur de me faire piétiner d’ici peu. Par la même occasion, je me libère d’une possible humiliation qui consisterait à me faire déposer par le groupe sans même pouvoir m’y accrocher quelques instants.

Les échanges sont très limités, chacun semble concentré sur son objectif qui pourtant doit être approximativement le même que celui de son voisin. Drôle d’ambiance, j’en profite pour admirer le paysage tant que j’en ai encore la lucidité. Les kilomètres défilent et ma petite voix intérieure me répète en boucle « je me sens fort, je vais y arriver ».

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Malgré tout, j’ai appris de mes précédentes expériences à ne pas trop prêter attention à cette petite voix aux pensées trop versatiles. Je la sais capable de m’envoyer dans le fossé au premier coup de moins bien. Mais d’ailleurs, que se passe-t-il ? Mon corps semble me lâcher.

La banderole annonçant le passage au semi à peine franchie, je ressens le besoin de ralentir le rythme. Dommage, car après 1h30 de course, je n’ai fait que la moitié du chemin. Dans ces conditions, le retour à Annecy s’annonce difficile. Et voilà que ma petite voix intérieure en profite pour me lâcher à son tour. A l’image de l’allure, le moral est en chute libre à ce moment de la course.

Il faut immanquablement se remobiliser pour éviter de s’enfermer dans la spirale négative qui mène à l’abandon. Il n’est pas question de baisser les bras, ce n’est pas les quelques secondes lâchées à chaque kilomètre qui m’empêcheront de rallier l’arrivée.

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La machine à calculer se met en marche, le capital de temps accumulé fond comme neige au soleil. Toutefois, il est encore largement envisageable d’aller chercher un chrono qui permettrait de décrocher un nouveau record sur la distance. Mais pour ça, il va falloir serrer les dents pour continuer d’avancer.

Heureusement, je suis loin d’être le seul à subir les assauts de ce marathon qui veut ma peau. En observant autour de moi, je m’aperçois même que je reprends quelques places. Ma motivation est toute trouvée, je m’accroche à l’idée d’aller chercher le mec de devant, puis le suivant, et ainsi de suite.

Arrive le moment où tu penses voir des côtes là où il n’y en a pas. Il est vraiment temps d’en terminer, mais c’était sans compter sur l’apparition sournoise de quelques crampes bien réelles. Cela oblige à courir sur des œufs, de peur de réveiller une douleur encore inconnue. Le rythme chute encore à quelques encablures d’Annecy. Les spectateurs massés sur les derniers kilomètres apaisent un peu la souffrance d’une foulée qui n’a plus rien d’académique mais qui permet encore d’avancer.

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Plus que jamais la ligne d’arrivée se présente à moi comme une délivrance après trois heures et neuf minutes de course. Une nouvelle fois j’ai vaincu le marathon, certes loin de mon objectif initial, mais heureux d’avoir participé à cette grande fête du sport au bord du lac d’Annecy.

Avoir la chance de courir un marathon dans un cadre aussi majestueux, et sur un parcours aussi roulant, vaut vraiment le détour. Je ne regrette pas mon choix, et c’est avec de superbes images plein la tête que je vais maintenant pouvoir tracer ma route vers d’autres objectifs, en attendant peut-être de pouvoir revenir un jour prendre une revanche ici.

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Article posté le 4 mai 2017 à 10 h 15 min.

A propos de Sébastien Réby

Rédacteur en chef de Globe Runners - Sébastien se présente avant tout comme un passionné de course à pied. Du 10 km au marathon en passant par l'Ultra-Trail, ce coureur touche à tout aime varier les plaisirs. Pour lui, courir reste surtout un formidable moyen de découvrir le monde.
 

Un commentaire

  1. Superbe Chrono Seb! Et beau récit comme toujours. Merci pour ce retour d’expérience plein d’émotions et d’humilité. Bonne continuation

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